L’hypnose est aujourd’hui utilisée dans de nombreux domaines, notamment pour accompagner certains changements, comme l’arrêt du tabac, la gestion des peurs ou du stress. Mais elle reste aussi entourée de mystère et d’idées reçues, quelque part entre pratique d’accompagnement, spectacle et fascination pour les capacités de notre esprit.
Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est le lien entre l’hypnose et la création artistique. Lorsqu’il crée, un artiste peut être profondément absorbé par ce qu’il fait, au point de perdre momentanément la notion du temps ou de moins percevoir ce qui l’entoure. Cet état d’absorption peut rappeler certains phénomènes rencontrés sous hypnose, sans pour autant signifier que créer une œuvre revient à être hypnotisé.
Nous connaissons tous des états dans lesquels notre attention fonctionne différemment : lorsque nous sommes absorbés par un livre, un film, une musique ou une activité, par exemple. Sous hypnose, l’attention peut elle aussi se modifier : certaines perceptions passent au second plan tandis que d’autres prennent davantage de place. La personne reste cependant actrice de l’expérience et peut interrompre celle-ci si elle le souhaite.
Dans cet état d’attention particulier, la voix de l’hypnotiseur accompagne et guide l’expérience. Elle peut orienter l’attention, proposer des images ou ouvrir de nouvelles façons de percevoir une situation. C’est aussi pourquoi l’échange préalable est important : il permet d’adapter l’accompagnement à la personne, à ce qu’elle souhaite et à sa manière de fonctionner.
Les relations entre hypnotisme et création artistique remontent loin. Au XIXᵉ siècle, le magnétisme, le somnambulisme puis l’hypnose nourrissent aussi l’imaginaire des artistes. Le sculpteur Théophile Bra (1797-1863) en offre un exemple étonnant : parallèlement à son œuvre officielle, il réalise des dessins très différents, peuplés de signes, de formes et de figures mystérieuses. Plus tard, les surréalistes exploreront eux aussi l’automatisme et chercheront à laisser s’exprimer la pensée en réduisant autant que possible le contrôle conscient.
Le cinéma offre lui aussi un terrain fascinant pour explorer notre perception : une salle sombre, le regard fixé sur un écran et l’attention absorbée par une histoire. Il s’est d’ailleurs très tôt emparé de l’hypnose et de la fascination. Le Cabinet du docteur Caligari (1920), Docteur Mabuse (1922) ou encore Metropolis (1927) jouent, chacun à leur manière, avec la perception, l’influence et la manipulation.
Dans les années 1960, l’art cinétique et l’Op Art explorent à leur tour les effets produits par le mouvement, les répétitions, les spirales et les illusions visuelles. L’œil est sollicité, parfois déstabilisé, et notre perception devient elle-même partie intégrante de l’œuvre.
Plus près de nous, l’artiste américain Tony Oursler s’est intéressé à une autre forme de fascination : celle qu’exercent sur nous les écrans et les nouvelles technologies. Télévision, Internet, smartphones… autant d’outils capables de capter durablement notre attention.
Et la question devient alors étonnamment actuelle : qui dirige notre attention ?
C’est peut-être finalement l’un des rapprochements les plus intéressants entre l’art et l’hypnose : tous deux nous rappellent que notre perception n’est jamais totalement passive. Notre attention peut se déplacer, se concentrer, s’absorber… et nous faire vivre une même réalité d’une manière très différente.
